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Retour aux bases

Mais que la droiture soit comme un courant d'eau, et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. (Amos 5:24)

Notre première réflexion pour ce mercredi des Cendres, le 13 février 2013, est écrit par le Père Michael J. Kelly SJ, un célèbre écrivain, conférencier et chercheur sur le VIH/SIDA. Originaire d'Irlande, il vit et travaille depuis 50 ans en Zambie. Père Kelly a été largement reconnu et récompensé pour sa contribution à la compréhension de l'interaction entre le SIDA et la justice ainsi que l'importance de l'éducation pour endiguer la propagation du VIH/SIDA.

 

Le Carême nous aide à revenir à l'essentiel, nous incite à une meilleure compréhension de qui nous sommes, où nous allons et comment nous le faisons. Alors que nous faisons cela, nous examinons nos relations avec l'autre, avec le monde que Dieu nous a confié, et en fin de compte avec Dieu lui-même.

Le Carême pose ce défi particulier d'écouter avec des oreilles nouvelles la vision proclamée par Jésus à Nazareth et de nous demander ce que nous effectuons pour en faire une réalité dans nos vies personnelles et dans le monde qui nous entoure : « L'Esprit du Seigneur … m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur » (Luc 4 : 18-19).

Pendant le Carême, nous pouvons nous demander si nous avons fait une maison dans nos cœurs pour la nouvelle merveilleusement libératrice de Jésus : Est-ce que les pauvres vont mieux grâce à cette nouvelle ? Est-ce que le monde devient un endroit où ceux tenus en captivité par l'oppression, la culpabilité et la dépression, la stigmatisation et la discrimination, trouvent leurs épaules enfin soulagées ? Le monde devient-il un endroit où les opprimés et marginalisés peuvent se réjouir du fait qu'ils comptent et que leurs préoccupations sont entendues?

Nous entendons, comme pour la première fois, les mots difficiles d'Isaïe que le jeûne qui plaît à Dieu est celui qui desserre les liens de l’injustice, qui retire le doigt pointé et la langue du mal, pour offrir de la nourriture à ceux qui ont faim et satisfaire les besoins de l'affligé.

Et puis nous regardons notre monde, le monde merveilleux que Dieu nous a donné. Il s'agit de la maison spécialement conçue pour nous par Dieu où aucun enfant, femme ou homme ne devraient jamais avoir faim, soif ou besoin, ne devraient jamais être négligé, abusé ou dégradé dans sa dignité ; où personne ne devrait être accablé par la maladie ; où tous sont libres d'exercer leur responsabilité personnelle et peuvent grandir dans un sentiment de valeur personnelle. Dieu nous a placé dans ce monde afin que nous puissions atteindre l’épanouissement joyeux de tendre la main pour lui et les autres et de prendre soin de notre environnement – ce faisant, nous préparons le chemin pour reposer pour l’éternité dans un bonheur inqualifiable, enveloppés dans l'amour de Dieu.

Tragiquement, il y a un écart entre le monde tel qu'il est et ce que Dieu voulait qu'il soit. Toutes les injustices qui nous entourent, gardent ce fossé béant et l’agrandissent de plus en plus, faisant leur chemin dans presque tous les aspects de la vie. Et les plus touchés sont ceux qui sont déjà dans une situation désavantageuse – les pauvres, les femmes et les enfants, ceux qui vivent avec un handicap, les personnes âgées, ceux qui appartiennent aux groupes minoritaires, les prisonniers et les personnes touchées par le VIH.

Il y a quelques années, la Conférence panafricaine des Églises avait déclaré que « à moins qu'et jusqu'à ce que la justice soit rendue partout dans le monde, jusqu'à ce que la droiture soit comme un courant d’eau, et que la justice soit comme un torrent qui jamais ne tarit, le VIH/SIDA ne peut pas être déracinés. »

Ce que la Conférence dénonça à juste titre sur le VIH/SIDA concerne également les nombreuses autres situations injustes dans notre monde, parmi lesquels la pauvreté et la faim, les insuffisances des services sociaux, de santé et d'éducation, la corruption et abus de pouvoir. Une grave injustice persiste dans toutes les situations de discrimination, de marginalisation, de violence fondée sur le sexe, d’abus de femmes et d’enfants. Dans le monde entier, des populations fuient des conflits, des violations des droits de l'homme et des changements climatiques qui menacent la survie. Les gens migrent à la recherche d'emploi aussi, tandis que continue l'exploitation du Sud par le Nord et des systèmes économiques et financiers obscènes favorisent les riches, laissant des millions dans la pauvreté. Aucun de ces maux vont être déracinés à moins que et jusqu'à ce que la justice soit rendue à tous les gens dans le monde, jusqu’à ce que la droiture soit comme un courant d’eau, et que la justice soit comme un torrent qui jamais ne tarit.

Le Carême est une excellente opportunité pour devenir plus conscients de ces situations inacceptables et manifestement injustes. C'est un moment où l’on comprend ce que le Pape Jean Paul II entend quand il a évoqué les « structures de péché » qui dominent notre monde. C'est un temps pour se demander si nous avons en quelque sorte participer à ces structures de péché.

Le Carême est un temps pour nous interroger sur notre mode de vie, les entreprises dans lesquelles nous sommes engagées, le monde commercial dans lequel nous sommes pris, le régime politique et économique auxquels nous participons. Est ce que nos actions d’une manière ou d’une autre, diminuent la dignité, les besoins et les droits d'autrui ? À l'inverse, faisons-nous – nous même ou notre société – quoique se soit pour que tous les individus, les familles et les groupes soient traités équitablement et puissent jouer un rôle dans la détermination de leur destin, pour qu’ils bénéficient d'une juste part des avantages de la société, d’une mesure de contrôle dans ses processus et de la conscience de leur valeur ? Quelles mesures concrètes adoptons-nous pour reconnaître la dignité humaine de chaque homme, femme et enfant et d'assurer qu'ils ont ce dont ils ont besoin pour vivre une vie décente et s’accomplir ?

Nous savons que le Carême qui plait au Seigneur est celui qui « détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, et que l'on rompe toute espèce de joug ; partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile. » Si nous essayons, pour ce Carême, d’aller dans cette direction, alors notre intégrité nous précédera et la gloire du Seigneur nous accompagnera. Nous l’appellerons et le Seigneur répondra: « Me voici ! »(cf. Isaïe 58:6-9)