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Un appel à grandir en tant qu'enfants de Dieu - Fr Mombe

le Mercredi des Cendres, nous avons commencé notre voyage de 40 jours du temps de Carême. Un voyage de conversion au cours duquel nous sommes appelés à nous engager particulièrement au renouvellement et à la perfection de notre relation avec Dieu (la prière), avec nous-mêmes (le jeûne) et avec les autres (l’aumône). Un voyage spirituel au cours duquel nous sommes appelés à réaffirmer notre identité d'enfants de Dieu et de vrais disciples du Christ.

En ce 1er dimanche du Carême, l'Évangile nous montre le modèle à suivre dans ce voyage spirituel. Il nous parle de Jésus qui, avant de commencer sa mission, a été conduit par le Saint-Esprit dans le désert où il a passé 40 jours de prière et de jeûne, tout comme Moïse et Elie dans l'Ancien Testament. Un moment de  de cœur à cœur avec Dieu, un retrait marqué par des moments de tentation. La triple tentation qui parle de notre propre expérience dans une période de vulnérabilité, où nous voulons imposer à Dieu notre manière, ou prendre en compte les réalités de notre vie à notre propre manière et non selon la volonté de Dieu.

Cette tentation est sans doute au cœur de l'expérience de nos frères et sœurs vivant avec le VIH et le SIDA, ou toute autre situation difficile comme la pauvreté (avérée). Je me souviens, peu de temps après avoir rejoint AJAN en tant que directeur, j'ai eu la visite d'un ami qui vit avec le VIH. Il a juste eu une expérience qui l'a choqué et découragé. Ayant rejoint des milliers de personnes, de l'Afrique de l'Est et d’ailleurs, vivant avec le VIH qui espéraient une guérison miraculeuse, il se rendit à Loliondo (Tanzanie) où l’on parlait d’un pasteur investi d’un pouvoir spécial de guérison du VIH avec des prières et une décoction.

La décoction faite à base de plantes que seul le pasteur connait était servie tous les matins en quantité limitée. Mon ami fit patiemment son chemin chez le pasteur. Après des jours dans la file d'attente, il reçut sa part de boisson de guérison. Puis il se précipita de faire le dépistage du VIH pour ne constater qu'il était encore séropositif. En fait, nombreux sont nos frères et sœurs qui aspirent à une guérison miraculeuse et qui vont chez des « hommes de Dieu » qui les invitent à abandonner leur traitement dont la consommation serait un signe de manque de foi, et à observer le jeûne et les prières pour être guéris. Cependant, derrière cette aspiration, il y a aussi toujours l’envie d'échapper au poids de la stigmatisation et de la discrimination aussi bien que des privations injustes des traitements et services dont ils ont besoin pour leur bien-être.

Par-dessus tout, par son exemple, Jésus nous trace la voie à suivre en ce temps de Carême: grandir en tant qu'enfants de Dieu, faire de la volonté de Dieu notre pain quotidien et vivre dans une confiance totale, en sachant qu'il écoute et exauce les cris de ses enfants. Il sera avec ses enfants dans leur détresse pour les délivrer. Puisque cela pourrait être un message d'espoir pour nous, c’est aussi pour nous une invitation à vivre l'appel à la perfection de notre relation avec les autres. C’est un appel à devenir présence aimante et attentionnée de Dieu dans la vie de nos frères et sœurs en détresse. Enfin, pour les personnes vivant avec le VIH, il n'y a pas mieux que la guérison que cette écoute attentive de leurs supplications, l'amour et la présence bienveillante qui les prend en compte et défend leur dignité. Que le Seigneur nous accorde un fructueux temps de Carême.